Le cadre d'évaluation

Le cadre d'évaluation, en présentant les grandes lignes directrices du travail d'évaluation, vise à définir un socle commun au développement d'outils d'aide à la décision basés sur le concept de services écosystémiques en Wallonie.
Il est structuré autour de six grandes questions.

C'est quoi ?

L'évaluation des services écosystémiques se rattache à l'un des compartiments du cadre conceptuel développé par la plateforme Wal-ES, à savoir celui des ‘valeurs‘. Plus précisément, cette évaluation consiste à mesurer et exprimer l'importance, quantitative et qualitative de ces services. Ce travail est réalisé en déterminant les valeurs attribuées par les humains aux services écosystémiques.

La notion de ‘ valeur ‘ des services écosystémiques nécessite d'être clarifiée. En effet, beaucoup d'études, dont les premiers travaux d'évaluation des services écosystémiques, se sont focalisés sur la dimension monétaire ($, €, ...) de la valeur. Cependant, aussi bien dans l'histoire du concept que dans les travaux récents de nombreux auteurs, il est reconnu que la valeur des services écosystémiques ne se restreint pas à cette seule dimension monétaire.

Ainsi, il est maintenant largement reconnu que la valeur attribuée aux services écosystémiques peut être de multiples natures (biophysique, sociale, culturelle, économique, ...) et peut s'exprimer de différentes façons : en termes d'importance qualitative, de quantités physiques (volume, poids, nombre, ...), de valeur monétaire, etc.

En réalité, en matière de services écosystémiques, plusieurs valeurs coexistent. En effet, compte tenu notamment de la diversité des composantes du bien-être humain ainsi que des bénéficiaires des services écosystémiques, plusieurs « importances », variables en nature et en grandeur, peuvent leur être accordées. Parfois conflictuelles, celles-ci sont tout autant « valables » les unes que les autres. On parle de pluralisme des valeurs.

Il est nécessaire de connaître l'ensemble des valeurs accordées aux services écosystémiques pour pouvoir capturer la diversité des besoins des différents bénéficiaires de ces services, de manière à les satisfaire au mieux. Ces valeurs, distinctes, ne peuvent être réduites à une seule valeur ou à une dimension unique de la valeur, sur une échelle commune qui permettrait de les sommer et les comparer arithmétiquement.

Pourquoi ?

Le concept et les travaux d'évaluation des services écosystémiques ont pour but de révéler les liens de dépendance entre développement humain et biosphère afin de les inclure dans les processus de prise de décision et d'assurer une gouvernance des écosystèmes à même d'assurer la continuité de leur importante (indispensable) contribution au bien-être humain.

Plus précisément, l'objectif général de l'évaluation des services écosystémiques est de mettre en lumière :

- la dépendance du bien-être humain au bon état des écosystèmes ;

- l'interdépendance des différents acteurs des territoires et de leur bien-être, par le biais de leurs actions respectives sur les écosystèmes.

Ainsi, l'évaluation doit permettre de révéler cette mosaïque d'interactions, de comparer l'offre (des écosystèmes) et la demande (des différents acteurs de terrain) en services écosystémiques et d'identifier les antagonismes, les synergies et les opportunités.

Des objectifs spécifiques peuvent être poursuivis pour réaliser pour une évaluation donnée en fonction du contexte dans laquelle elle est menée :

- la communication et l'information générales : apport de nouveaux arguments en faveur d'une gestion durable des écosystèmes, estimation du coût de l'inaction, etc. ;

- la planification territoriale : élaboration du plan d'aménagement d'un territoire en veillant à concilier l'offre et la demande en services écosystémiques, etc. ;

- l'étude d'impact de plans, projets ou modes de gestion : comparaison de scénarii, optimisation d'infrastructures, etc. ;

- la gestion économique : détermination du montant de taxes/primes environnementales, prise en compte du ‘ capital naturel ‘ dans les systèmes de comptabilité, etc. ;

- la gouvernance : structuration de processus décisionnels participatifs avec les acteurs bénéficiaires, médiation de conflits sur l'usage d'un territoire, etc. ;

- etc.

Qui ?

« On ne peut éviter l'enjeu de l'évaluation car tant que nous devons faire des choix, nous faisons de l'évaluation ! ».

Ainsi, toute personne prenant une décision concernant les interactions entre les individus et/ou les sociétés humaines et leur environnement naturel vivant réalise une évaluation plus ou moins approfondie des services rendus par les écosystèmes. Par exemple, quelqu'un aménageant son jardin, autant qu'un agent de développement territorial, évalue ce qu'il estime le plus important et souhaite privilégier dans son environnement direct (qualité esthétique, potager, lieu de jeu, ...).

D'un point de vue plus institutionnel, l'évaluation des services écosystémiques peut être utilisée comme outil d'aide à la décision dans un grand nombre de secteurs : tous les secteurs en lien avec le territoire, directement (aménagement du territoire et urbanisme, agriculture et sylviculture, infrastructures, environnement, etc..) ou indirectement (santé, emplois, etc.).

Au niveau des bénéficiaires des services écosystémiques, plusieurs catégories d'acteurs peuvent être établies : bénéficiaires réels et potentiels de services, coproducteurs et consommateurs de services, etc. Les objectifs spécifiques de l'évaluation détermineront ceux dont les valeurs seront considérées. Toutefois, compte tenu des différentes perspectives des multiples bénéficiaires de services écosystémiques sur un territoire donné, il est généralement nécessaire de prendre en compte l'ensemble de leurs points de vue dans les travaux d'évaluation afin de garantir un partage équitable des bénéfices issus de ces services.

Où ?

L'évaluation des services écosystémiques peut concerner différents types d'écosystèmes, tant rural qu'urbain.

Elle peut également se faire à diverses échelles spatiales, du local (par exemple une haie) au global (la planète). Le degré de précision de l'évaluation dépendra bien souvent de l'échelle considérée. Par ailleurs, quelle que soit l'échelle considérée, toute évaluation devra prendre en compte les transferts d'échelles possibles afin d'éclairer correctement la prise de décision.

A titre d'illustration, une forêt peut être source de services écosystémiques rendus sur place (par exemple, les opportunités de loisirs), à une échelle locale (par exemple, la prévention des inondations en aval de la forêt dans le bassin versant), voire à l'échelle globale (par exemple, la régulation du climat grâce au stockage du carbone).

Quand ?

Une évaluation des services écosystémiques peut a priori être menée à tout moment. Toutefois, lorsqu'elle est associée à un processus de prise de décision, il est utile de la mener suffisamment tôt dans le processus, afin d'assurer sa prise en compte effective et compte tenu de la durée qu'elle peut prendre.

Par ailleurs, lors d'une évaluation, il importe de tenir compte de la variabilité temporelle de l'offre et de la demande en services écosystémiques, ainsi que des différentes échelles temporelles de distribution des services et des bénéfices ressentis.

En comparant l'offre et/ou la demande en services écosystémiques à différents moments, l'évaluation pourra dresser et analyser des tendances, passées (sur base de données mesurées) ou futures (sur base de scenarii d'occupation du sol).

Comment ?

Si l'approche ‘services écosystémiques' peut contribuer à atteindre les objectifs du développement durable, elle n'est toutefois pas exempte de risque d'utilisations contre-productives, en termes de soutenabilité environnementale et/ou de répartition équitable des bénéfices (par exemple, maximisation de la fourniture d'un service au détriment des autres, marchandisation de la nature, etc.).

Afin d'éviter ces dérives, certains principes généraux doivent guider toute démarche d'évaluation des services écosystémiques :

A. Prendre conscience de la portée constructiviste des concepts et méthodes utilisés

De manière à pouvoir ‘atténuer' tant que possible les biais induits par le choix des concepts et des méthodes, il importe de :

1. définir clairement l'objectif poursuivi par l'évaluation et sélectionner les concepts, méthodes et outils les plus adaptés à celui-ci ;

2. informer de manière transparente sur l'objectif poursuivi et sur les limites des concepts et méthodes utilisés ;

3. multiplier les méthodes d'évaluation utilisées, offrant chacune un angle de vue spécifique ;

4. ‘légitimer' les choix méthodologiques opérés en y impliquant les parties prenantes.

B. Réaliser une évaluation intégrée des services écosystémiques

L'évaluation intégrée des services écosystémiques vise à rendre compte du pluralisme des valeurs qui leurs sont accordées. Elle distingue globalement les trois grands domaines de valeurs suivants :

- les valeurs biophysiques, qui reflètent l'importance physique, quantitative, des services écosystémiques;

- les valeurs sociales, qui reflètent l'importance sociale, morale et culturelle des services écosystémiques ;

- les valeurs monétaires, qui reflètent l'importance des services écosystémiques en termes d'utilité, telle qu'elle peut être appréhendée par le marché (valeur d'échange).

Plutôt que d'aborder les trois grands domaines de valeurs (biophysiques, sociales et économiques) de manière indépendante, l'évaluation intégrée des services écosystémiques vise à considérer tous les différents types de valeurs dans un même travail d'évaluation et à établir les liens entre elles (synergies, opposition, dépendance, etc.).

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L'évaluation biophysique, en indiquant l'étendue des services que les écosystèmes peuvent réellement ou potentiellement fournir, forme la base de toute évaluation de ces services.

Elle est menée en parallèle et complétée par une évaluation des valeurs sociales accordées à ceux-ci par les différents acteurs qui en bénéficient.

Si cela s'avère pertinent au regard des objectifs poursuivis, ces deux types d'évaluation peuvent être complétés, pour certains services écosystémiques et à condition qu'elles n'occultent pas les autres dimensions de valeurs, par une évaluation de leurs valeurs monétaires.

C. Adopter une approche systémique

De nombreux liens, évolutifs, relient les différents éléments du système socio-écologique (lieu des interactions entre les écosystèmes et les sociétés humaines) étudié. Agir sur l'un de ces éléments induit généralement des conséquences sur d'autres.

Lors d'une évaluation des services écosystémiques, il convient de considérer le système socio-écologique dans son ensemble afin de tenir compte des multiples interactions entre ses éléments et ainsi éviter des conséquences inattendues, voire de produire des effets opposés à l'objectif poursuivi.

Pour ce faire, il convient de prendre en compte lors d'une évaluation :

· des dimensions spatiales et temporelles des services écosystémiques, tant pour un même service et entre les services, au niveau de l'offre et de la demande ;

· de l'offre et de la demande en services écosystémiques afin de veiller à qu'elles soient en équilibre ;

· des interactions (antagonismes et synergies) entre services écosystémiques, en considérant un ensemble aussi large que possible de services ;

· du point de vue des multiples bénéficiaires afin de garantir un partage équitable des bénéfices qui en sont issus et de prévenir ou régler d'éventuels conflits d'usage.

D. Tenir compte des incertitudes de l'évaluation

Nonobstant les biais et simplifications propres à tout concept et méthode d'évaluation, la complexité des processus étudiés et le manque de données primaires adéquates (impliquant notamment le recours à des données proxies, au jugement d'experts, à la modélisation et au transfert de valeurs) induisent inévitablement des erreurs et introduisent une certaine incertitude dans l'évaluation.

Cette incertitude, inhérente à toute évaluation, ne remet certainement pas en question l'intérêt de l'évaluation des services écosystémiques comme outils d'aide à la décision. Toutefois, il importe de la reconnaître et de la communiquer de manière transparente aux utilisateurs de l'évaluation. Idéalement, cette incertitude devrait être quantifiée, ce qui est encore actuellement très peu réalisé.

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